Langage & Psychologie : un lien étroit


La courte étude que nous proposons de mener a pour objectif de mettre en exergue le lien existant entre la pragmatique et la psychologie. L'intention étant de comprendre le lien existant entre l'usage du langage et les processus cognitifs entrants en jeu lors de la communication. Le lien social se définit comme un lien verbal. L'interaction entre deux individus n'est pas seulement une interaction verbale mettant en œuvre uniquement le langage, mais relève aussi de la psychologie cognitive. La question qui se pose alors naturellement est celle du lien entre pragmatique et psychologie. Se pose aussi celle de l'influence et de l’interaction existant entre les deux .

L'analyse du langage considérée comme source explicative de la psychologie est devenu un lieu commun. Lapsus révélateur, cohérence ou incohérence du propos sont autant signes pouvant raconter l’histoire intérieure de la conscience et de l’inconscient. Sans langage comment considérer l’esprit, comment trouver la clef qui déterminera l’origine du malentendu entre acte social et acte inconscient ? La limite de l’incompréhension est souvent telle que seul le langage, la parole, le verbe peuvent donner des indices sur l’origine de cette incompréhension première. Sans aborder la vision freudienne de l’importance du langage comme élément déterminant dans la distinction à faire entre l’humain et l’animal, nous recentrerons notre propos sur Jacques Lacan. Car ce qui nous intéresse n’est pas seulement de définir le rôle du langage dans la psychologie, mais de comprendre l’interaction verbale, la pragmatique au sein de la psychologie. Nous avons choisi d’aborder la relation entre la psychologie et la pragmatique sous l’angle psychanalytique. Nous mettons de coté les pathologies telle que la schizophrénie pour aborder cette question, même si la pertinence de ce point de vue a été brillamment développée par Alain Trognon. Nous aborderons dans ce premier temps la vision lacanienne de la psychanalyse. Lacan aura mis au centre de du processus explicatif de la psyche, le verbe. Nous proposons donc dans un premier temps de revenir sur l'approche spécifique lacanienne pour expliciter l'importance du verbe et de la construction langagière dans la psychanalyse, puis de véritablement comprendre en quoi l'approche pragmatique donne un éclairage nouveau à la psychologie. Nous tenterons de prouver que le langage et la pragmatique sont les révélateurs les plus concrets des intentions de la psyche.

Dans cette première partie nous proposons de faire un rapide panorama de la pensée lacanienne. Dans sa pensée, trois registres se distinguent : le réel, le symbolique et l'imaginaire, plus connus sous l'abréviation RSI. Le réel est inaccessible, il ne s'atteint pas, car le symbolique est la capacité de représentation qui correspond au langage. L'imaginaire est une fiction de la totalité unifié, il succède donc au symbolique. Il correspond à l'ontologie. Le nœud Boroméen mis en avant par Lacan illustre cette problématique : il est la structure du sujet. Si l'un des 3 anneaux est sorti alors les trois deviennent indépendants. Le caractère inaccessible du réel mais pourtant caractéristique du sujet est donc a rapprocher de la structure même de l'étant. Le deuxième aspect qui nous semble essentiel à étudier est le rôle du langage. C'est un élément fondateur de la théorie lacanienne et nécessaire pour comprendre l'approche qui sera la notre avec la pragmatique. Ce qui dans la culture de l'honnête homme différencie Lacan de ses confrères psychanalystes et de Freud en particulier, c'est le rôle essentiel de la parole et du langage dans son analyse. Une séance chez un praticien lacanien se construit autour non pas de la seule parole de ce dernier qui vaudrait comme linéaire, mais se construit autour de cet inconscient qui se construit comme un langage avec un signifiant et un signifié. La posture structuraliste est fortement imbriquée dans le langage, ainsi le réel ne relève pas du langage, car justement ce langage qui existe avant même notre naissance et que nous utilisons nous coupe de ce réel. Le langage organise et distribue les valeurs du monde qui nous entoure, c'est ce qui relève du symbolique. L'imaginaire c'est la manière dont le sujet se perçoit par le biais du monde qui l'entoure et des autres. « L'inconscient est structuré comme un langage », cette fameuse citation du psychanalyste français prend alors tout son sens.

C'est pourquoi le rôle de la parole doit être considéré avec toute l'importance qui lui est due. Dans notre réflexion sur la relation existant entre la pragmatique et la psychologie, le rôle de la parole comme acte fondateur de la relation à l’autre n’est plus a prouver. La relation de la pragmatique et de la psychologie est essentielle pour comprendre les évolutions de cette discipline. Comme le soulignent Bernicot et Trognon (2002), « les effets en retour d’une pragmatique sur la psychologique auront été massifs au cours de ces dernières années. (…) Il est clair, en tous cas, que qu’aucune sous discipline de la psychologie n’en sort indemne et que la psychologie générale, la psychologie du développement, la psychologie clinique, la psychologie pathologique, la psychologie sociale et la psychologie du travail ont toutes subi des transformations profondes dans leurs méthodes, dans leurs concepts, voire dans leurs pratique depuis leurs rencontres avec la pragmatique ». La méthode psychanalytique aura donc largement puisé dans les ressources pragmatiques pour s’affirmer, c’est aussi le cas pour les disciplines cités de la psychologie. Comme le soulignent ces auteurs l’impact de la pragmatique sur la méthodologie, la pratique et les concepts de ces disciplines aussi diverses que la psychologie clinique, pathologique ou sociale..

La meilleure illustration de cette mutation serait celle de la programmation neuro-linguistique ou PNL. Définie dans les encyclopédies généralistes comme : « un ensemble coordonné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie fondées sur une démarche pragmatique de modélisation, en ce qui concerne la communication et le changement. », la PNL se fonde sur la pragmatique la considérant comme une méthode. La pragmatique prend ainsi une nouvelle ampleur puisque la démarche va servir de point départ à la psychologie qui considère ainsi la communication comme une source générale de connaissance de l’individu. A l’origine de cette démarche innovante nous trouvons deux universitaires américains Richard Bandler et John Grinder, qui dans les années 70 décident de viser en premier lieu l’approche psychanalytique. L’objectif est donc de mettre au centre de la réflexion l’expérience et non la théorie. C’est ce qui différencie la démarche pragmatique de toutes les autres dans ce domaine. La PNL se distingue par la modélisation , c’est-à dire trouver des modèles pour ensuite les imiter. Elle se concentrera sur les personnes « talentueuses », qui sont dans une dynamique de réussite pour pouvoir justement apprendre d’eux. Il s’agira d’étudier des modèles comportementaux, cognitifs pouvant servir de modèle. La démarche en deux étapes a pour objectif dans un premier d’étudier en quoi tel comportement de réussite va différer d’un autre , puis d’isoler les éléments qui permettront la duplication et donc l’application de ce modèle. Nous pourrions reprocher à cette démarche une grande part de subjectivité car comment déterminer un modèle de « réussite » ? Mais si nous prenons pour exemple une pathologie fréquente rencontrée par les psychanalystes comme une phobie des araignées alors l’étude du comportement, du mode de communication d’un individu qui ne souffre pas d’une telle phobie est pertinente. La pragmatique considérée comme méthode au sein de la psychologie est donc d’une pertinence absolue. De nombreuses techniques de changement sont ainsi intéressantes à étudier notamment les deux premiers modèles qui sont linguistiques : les « méta-modèles » et le modèle de Milton. Les « méta-modèles » ont pour objectif de mettre en évidence la capacité du sujet à transformer ce qui relève de l’expérience sensorielle en langage. Ainsi, j’éprouve une douleur à la main mais comment verbaliser de façon précise cette sensation ? Les mots peuvent-ils traduire dans son intégralité l’exactitude de la sensation qui m’anime ? L’idée étant de pouvoir retrouver la représentation mentale que le sujet s’est faite au moment de cette sensation.

Alors que les « méta-modèles » avaient un protocole visant la précision et l'identification précise des comportements, le modèle de Milton aura pour vocation de permettre au sujet d'intégrer son expérience au sein d'un ensemble de formulation généraliste.

Ainsi le rôle de la pragmatique est celui d'une méthode permettant à la psychologie de mettre en avant l'expérimentation . Ce point de vue moderne et original permet donc d'ouvrir de nouveaux horizons à la psychologie.

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